mardi 31 mai 2011

Friedrich Nietzsche. Les trois métamorphoses: le chameau, le lion et l'enfant.



"Je vais vous dire trois métamorphoses de l'esprit : comment l'esprit devient chameau, comment le chameau devient lion, et comment enfin le lion devient enfant.

Il est maint fardeau pesant pour l'esprit, pour l'esprit patient et vigoureux en qui domine le respect : sa vigueur réclame le fardeau pesant, le plus pesant.

Qu'y a-t-il de plus pesant ! ainsi interroge l'esprit robuste. Dites-le, ô héros, afin que je le charge sur moi et que ma force se réjouisse.
N'est-ce pas cela : s'humilier pour faire souffrir son orgueil ? Faire luire sa folie pour tourner en dérision sa sagesse ?
Ou bien est-ce cela : déserter une cause, au moment où elle célèbre sa victoire ? Monter sur de hautes montagnes pour tenter le tentateur ?
Ou bien est-ce cela : se nourrir des glands et de l'herbe de la connaissance, et souffrir la faim dans son âme, pour l'amour de la vérité ?
Ou bien est-ce cela : être malade et renvoyer les consolateurs, se lier d'amitié avec des sourds qui n'entendent jamais ce que tu veux ?
Ou bien est-ce cela : descendre dans l'eau sale si c'est l'eau de la vérité et ne point repousser les grenouilles visqueuses et les purulents crapauds ?
Ou bien est-ce cela : aimer qui nous méprise et tendre la main au fantôme lorsqu'il veut nous effrayer ?
L'esprit robuste charge sur lui tous ces fardeaux pesants : tel le chameau qui sitôt chargé se hâte vers le désert, ainsi lui se hâte vers son désert.

Mais au fond du désert le plus solitaire s'accomplit la seconde métamorphose : ici l'esprit devient lion, il veut conquérir la liberté et être maître de son propre désert.

Il cherche ici son dernier maître : il veut être l'ennemi de ce maître, comme il est l'ennemi de son dernier dieu ; il veut lutter pour la victoire avec le grand dragon.
Quel est le grand dragon que l'esprit ne veut plus appeler ni dieu ni maître ? "Tu dois", s'appelle le grand dragon. Mais l'esprit du lion dit : "Je veux."
"Tu dois" le guette au bord du chemin, étincelant d'or sous sa carapace aux mille écailles, et sur chaque écaille brille en lettres dorées : "Tu dois !" 
Des valeurs de mille années brillent sur ces écailles et ainsi parle le plus puissant de tous les dragons : "Tout ce qui est valeur - brille sur moi." 
Tout ce qui est valeur a déjà été créé, et c'est moi qui représente toutes les valeurs créées. En vérité il ne doit plus y avoir de "Je veux" ! Ainsi parle le dragon.
Mes frères, pourquoi est-il besoin du lion de l'esprit ? La bête robuste qui s'abstient et qui est respectueuse ne suffit-elle pas ?
Créer des valeurs nouvelles — le lion même ne le peut pas encore : mais se rendre libre pour la création nouvelle — c'est ce que peut la puissance du lion.
Se faire libre, opposer une divine négation, même au devoir : telle, mes frères, est la tâche où il est besoin du lion.
Conquérir le droit de créer des valeurs nouvelles — c'est la plus terrible conquête pour un esprit patient et respectueux. En vérité, c'est là un acte féroce, pour lui, et le fait d'une bête de proie.
Il aimait jadis le "Tu dois" comme son bien le plus sacré : maintenant il lui faut trouver l'illusion et l'arbitraire, même dans ce bien le plus sacré, pour qu'il fasse, aux dépens de son amour, la conquête de la liberté : il faut un lion pour un pareil rapt.


Mais, dites-moi, mes frères, que peut faire l'enfant que le lion ne pouvait faire ? Pourquoi faut-il que le lion ravisseur devienne enfant ?
L'enfant est innocence et oubli, un renouveau et un jeu, une roue qui roule sur elle-même, un premier mouvement, une sainte affirmation.
Oui, pour le jeu divin de la création, ô mes frères, il faut une sainte affirmation : l'esprit veut maintenant sa propre volonté, celui qui a perdu le monde veut gagner son propre monde.


Je vous ai nommé trois métamorphoses de l'esprit : comment l'esprit devient chameau, comment l'esprit devient lion, et comment enfin le lion devient enfant. —
Ainsi parla Zarathoustra. Et en ce temps-là il séjournait dans la ville qu'on appelle : la Vache multicolore."


in: "Ainsi parla Zarathoustra. Un livre pour tous et pour personne.", 1883.






mercredi 25 mai 2011

Interview de Linda Trime par Daniel Rodriguez

- Pourquoi choisir la photo comme médium?
Je pense que la photo, tout comme la peinture, n'offre qu'une représentation de la réalité. Car il y a le regard de quelqu'un derrière l'objectif. Et les choix qu'il fait. Mais là où je choisi la photo plus qu'un autre médium (hormis le fait que je peigne et dessine comme un pied), c'est justement pour son étrange ressemblance avec la réalité. Il y a de vraies personnes, de vrais espaces, de vrais objets. Mais le final est monté de toute pièce par ma personne. J'ai un certain contrôle.

- Si tu veux parler de ta famille pourquoi introduire des personnages étranges dans les images?
En réalité, il ne s'agit pas ici de parler de ma famille. Je parle d'un sentiment. De ne plus se sentir chez soi au sein du "cocon" familial. J'ai décidé d'introduire des personnages étranges - le mot est bien choisis! - tout simplement car je me suis sentie comme une étrangère. Presque un personnage de fiction. 

- Mais pourquoi les personnages femmes sont toujours différents, et avec une esthétique différente aussi?
   Les personnages de femmes sont toujours différents car, d'abord, ils proviennent de différente influences. Mais le plus important, c'est qu'ils représentent différentes facettes de ma personnalité.

- Qu'apporte l'introduction d'une photo en noir et blanc?
Cette photo, étant la seule en noir et blanc, apporte une certaine distance par rapport aux autres tirages en couleur. C'est ce que je souhaitais: de la distance. Car cette photo évoque mon jardin secret. Le N&B me sert un peu de barrière. Néanmoins, même si c'est mon intimité que j'évoque, je pensais qu'il était important de la faire dialoguer avec le reste de la série.

   - Mais dans le photo on ne voit presque pas l'espace car la photo est un premier plan, on voit ton visage, une petite partie de ton corps et on distingue une salle de bain  à peine?
  Je voulais créer une opposition: les autres photos sont beaucoup plus riches en détails sur l'espace, car ce sont, dans la façon dont je voulais les présenter, des pièces où je ne trouve plus ma place. Comme dit précédemment, l'absence de détails, le fait que je ne sois pas habillée, sont des moyens de protéger cet espace intime.

- Pourquoi parler de ta famille reste important pour le spectateur?
C'est un gros problème que je rencontre quant aux propos que je tiens par rapport à cette série: le fait est qu'en réalité, si on ne sait pas qu'il s'agit de ma famille, on ne comprend peut-être pas bien le message que j'ai voulu faire passer. Et ce message est essentiel. 

- Afin que tes intentions marchent, tu penses t'appuyer sur un texte ou d'autres médias?   
 Non, je ne crois pas. Néanmoins, je travaille sur une video qui serait une sorte d'accompagnement à l'autoportrait.

- Quelle est ton rapport avec la fiction? (mise en scène ou photo amateur)
Mon travail tourne beaucoup autours de l'auto-fiction: j'évoque mon histoire, mais de façon romancée. Il m'est impossible de livrer les images de ma mémoire telles quelles, brutes: elles seraient sans doute trop crues. La fiction me permet de jouer avec des symboles pour faire passer mon propos, bien que je ne les contrôle pas tous. C'est aussi une part de mes références et de mon univers que j'utilise à travers ce système, ce qui est, à mon sens, très important.

- C'est un travail autobiographique? c'est importante de te reconnaitre comme artiste?
Oui, ce travail, comme les choses que j'ai pu faire par le passé, son complètement autobiographique. Peut-être que les gens y verront là un certain narcissisme, même si ça n'est absolument pas le cas. 
Mais qu'entends-tu par l'importance de me reconnaitre comme artiste? Je ne comprend pas bien

- Cet série a-t-elle un nom qui permet de la reconnaitre comme un travail autobiographique?
  Cette série s'intitule "There's no place like home?". Mais je ne crois pas que cela permet de plus l'indentifier comme un travail autobiographique.

 - Quel est ton rapport avec le fait de prendre une photo ou de se laisser prendre en photo?
Pour ce qui est de mon travail personnel, même les autoportraits sont réalisés par mes soins. J'ai du mal à laisser quelqu'un s'immiscer dans quelque chose d'aussi intime, sauf si techniquement je n'ai pas le choix. Prendre une photo, c'est figer un instant, de fiction et/ou de réalité, et en garder une trace. Ces traces, je les considère comme des fenêtres ouvertes sur un "autre monde". Un jour, j'ai lu cette phrase dans le livre d'un de mes auteurs préférés (ndlr: Ryû Murakami): "Quand on regarde un objet en interposant ne serait-ce qu'une lentille ou un simple morceau de verre, tout à fait translucide en apparence, ce n'est déjà plus la réalité que l'on observe. Quelque chose d'autre que l'air s'y intercale et cela devient un mensonge (...)". Cette phrase est devenue une sorte de maxime pour moi, car j'ai à penser que mon travail est entre réalité et fantasme/onirisme/mensonge/etc... Les qualificatifs peuvent être nombreux.
Autrement, par rapport au fait de "se laisser prendre en photo", j'ai déjà servis de modèle dans les projets d'autres personnes, mais il s'agit d'une autre histoire.


- Qu'est-ce que tu penses du fait de parler de ton travail? Est-ce que tu sens que tu apportes à tes travaux ou tu sens que tu répètes avec de mots ce qu'on voit?
Je pense qu'il est important de parler de son travail, surtout quand on évolue dans le genre de registre dans lequel j'évolue. Mais je crois aussi que point trop n'en faut, et qu'il faut aussi laisser un espace de réflexion aux spectateur, pour qu'il puisse s'indentifier, ou y trouver une signification qui lui sera propre. Dans l'idéal, je voudrais que mon discours apporte un plus, ou alors je m'en sers pour défendre mon travail. Mais je pense qu'il ne sert à rien de répéter avec des mots ce que l'on voit si c'est déjà évident sur un travail, en général.

- Est-ce que tu pense que c'est possible de répéter une image à partir des mots? Dire et montrer peut-être le même?
  Je pense que c'est possible. C'est sans doute une chose sur laquelle j'aurais dû travailler un peu plus en amont, pour que discours et image s'imbriquent mieux.

-Tes images font partie d'une narration ou on peut les voir séparément?
Comme dis précédemment, mes images font parties d'une narration. Mais il m'est déjà arrivé d'en produire certaines qui fonctionnaient séparément. Mais pas pour cette série. 

-Si tu pouvais éventuellement faire un accrochage avec n'importe quel artiste, tu choisirais qui et pourquoi?
Dans mes rêves les plus fous, je préfèrerais plutôt être en relation avec un film, "Lost Highway", de Lynch, parce qu'il joue avec ses frontières entre rêve et réalité que j'affectionne. Il joue à tel point qu'on s'y perd! Et aussi parce que je puise plus facilement mon inspiration dans le cinéma. Autrement, un face à face avec le Caravage ne me déplairait pas, parce que j'apprécie énormément ces jeux avec la lumière. Après, il peut y en avoir tellement, mais ça serait encore une question de goût. 

Interview de Daniel Rodriguez par Linda Trime

-Ces travaux ont-ils tous un lien les uns avec les autres ou fonctionnent-ils séparément?
ils ont toujours un lien entre elles. J'aime établir de rapports entre les choses! je considère que chaque pièce que j'ai fait est juste un commentaire et devienne presque une phrase que se complète à partir 
   de l'accrochage, et cela que ces phrases devienne pas un long commentaire sur quelque chose mais je préfère le penser et parle plutôt d'une discutions ouvert ou le spectateur doit prendre aussi une
   place, parce que ce lui qui finalement va faire et établir les liens. Pour moi ces travaux devient un petit univers ou chaque chose a ça place, mais que à la fois il est jamais fini.

-Pourquoi avoir choisi de réaliser le ballon en pâte à modeler, plutôt que d'en prendre un réellement dégonflé?
   Dans cet exercice je prend un matériau qui est utilise généralement pour les jeux, et la plupart du temps est utilise comme un matériau qui sert à se relaxe, c'est un matériau ludique.
   De loin on crois que c'est vraiment une ballon dégonflé, mais dans l'approche et surtout avec une regard attentive la nature de l'objet se révèle.
   Le temps est la construction de l'objet est important, c'est une objet que possiblement trouve une place grâce à le fait de être une sculpture,et cela que ce génère de la réflexion ou simplement une sourie.
   Inquiétante similitude!

- Dans les travaux que tu m'as envoyé, j'ai pu constater que tu présentais toujours ce qui a résulté de l'utilisation d'un objet (le "ballon" dégonflé, ce qui reste de l'allumette après l'avoir brûlé, ...): que cherches-tu a exprimer à travers ces finalités?
   Les choses elles continuent à être ce qu'elles sont ordinaires et simples!.
   La notion du résidu est aussi pressent dans mon travail, pour moi elle est aussi importante que la "finalité", les deux choses font parti du même est aucune est plus important, mais ils sont différents.
   Je jeu avec les objet qui font partie de ma quotidienneté! la plupart du temps sont de jeux de langage, mais pas toujours.
   L'action qui se fait avec les matériaux, et le matériau utilisé a un rapport avec la lecture de mes choses.

- Qu'est-ce que le choix d'une présentation volontairement minimaliste apporte à cela?
Une pratique légère, un faire minime, un art du peu permet à les objets parle pour elles même (les choses que ne m'appartient plus).
    Une problème de synthèse!

-Quelques références?
   " En somme: je ne vois que ce qui se présente droit devant moi; je ne vois que ce qui se présente tout près de moi; ce que je vois le mieux, je le vois mal. (L'innommable) Samuel Beckett.

Donc, si j'ai bien compris, même si tu as une petite idée derrière la tête quand tu produit tes pièces, tu ne cherches pas à imposer un message au spectateur, mais tu es plutôt dans le registre du ludique, du jeu? Tu lui laisses le     
   champs libre pour y voir ce qu'il veux y voir? En gros, quelle importance, quelle place occupe le spectateur ans ton travail?

J'aime beaucoup les petites idées! si est-ce qu'il y de grands idées........   Je n'aime pas la notion d'imposition, je préfère suggérer..... Le jeu le ludique est présent dans mon travail, mais je n'aime pas jouer toujours ou même jeu, alors je ne m'attache pas à un technique ni à une façon de faire, ben j'essaye!,,, parle de liberte c'est complique de tout façon je fais des chois qui permettent pas de guide mais de souligner certaines notions à partir de la façon d'accrocher!.
Le spectateur ne reste pas comme un observateur, il dois s'exiger! à partir de son regard mais aussi de sa pense.

-Aussi, quelle importance attaches-tu à l'humour, qui semble très présent? 
pour moi rien est si importante, un plus c'est quoi le humeur? on peux se rire des malheurs comme des bonheurs!
c'est une façon de regarder de revisiter le déjà vu, et de faire évidente les carences.

-Tu parles du fait que tes pièces ont toujours un lien entre elles, "que chaque pièce que j'ai fait est juste un commentaire et devienne presque une phrase que se complète à partir de l'accrochage". Donc tu n'envisagerais pas de présenter une pièce toute seule?
quel bon question!!

-Ton inspiration te vient seulement de ton quotidien, ou la trouves-tu parfois ailleurs?
Mon inspiration? plutôt mon expiration!!!! je la trouve partout, il n'y a pas un lieu destine à créer ou à réfléchir dans ma tête. Mais c'est complique de nier que les choses ne vient pas de ma quotidienne comme on fait pour échapper
à elle?

mardi 17 mai 2011

Interview de Guillaume Gehannin par Marine Darcel

Marine: Tu m'a dit être attaché à une esthétique technologique particulière, celle des années 70- 85. C'est à dire de "machines, énormes, tenaces, robustes, qui durent, au design moche". Ce que moi je vois c'est que tu tiens à l'esthétique de ton enfance, et que tu continues à jouer avec elle en la faisant revivre à travers ton travail. Pourrais-tu essayer de développer les raisons qui te font aimer te référer à cette période?
Guillaume: Cela vient des vieux ordinateurs à tubes cathodiques en plastiques coquille d’œuf, des vieilles calculettes texas instrument, des vieilles consoles de jeux, des tri-tubes énormes, et de toutes ces technologies qui sont aujourd’hui obsolètes. C’était une certaine ambiance, un design particulier. Tout cela a disparu, ce sont maintenant de vieux déchets, des ordures qu’on laisse sur le bord du trottoir, de vieux dinosaures qui sont lourds, qui consomment de l’énergie. Aujourd’hui quand on va au musée des arts et metiers par exemple et qu’on est devant les technologies d’il y a vingt ans, on éprouve de la nostalgie. La derniere fois, je suis tombé sur un ordinateur immense composé de trois blocs de 30 kilos remplis d’ampoules, un peu comme un vieil ampli à lampes, sa capacité de processeur était ridicule, 2 30 MHZ ni plus ni moins, je l’ai trouvé magnifique esthétiquement, "à l’ancienne", c’est de l’archéologie hi-tech. Pour moi à l’époque ces apppareils ont été à la pointe et aujourd’hui ils sont obsolètes et moches, et c’est ça qui me plait, ils sont cubiques, lourds, il fallait une mule pour les transporter. Ils relèvent aussi de l’esthétique des vieux laboratoires, des leds, des films de science-fiction, de la serie b.
 Que ce soit pour mon travail de peinture ou de sculpture je pense nous vivons dans un monde de l'image,des connaissances,de la culture et des informations,ce monde plein de savoir a sa morale,ses lois,ses dirigeants .Moi je suis un jeune homme ,je vis dans une bulle socialement polyvalente ouverte sur le monde et ses composants et j'absorbe les informations qui me traversent tout les jours.Ces informations m'interessent toutes,je savoure dans mon coin les avions,les habitations,les geishas,la violence,le rouge à lèvres,l'imbécilité humaine,les usines,les comédiens,les danseurs ,les égouts de paris,les alligators,les touristes,les marons chauds,les kalashnikovs,les chaussures,les gargouilles,les sèche-cheveux,le maquillage,les clowns,les horloges,les fougères,les stores,les échaffaudages,les sacs de couchage,les caissons de basses,les poignées de porte,les silex,les solex,les hyènes,le scotch,les pistolets à eau,les pepites d'or,les lunettes,les glaçons et les canards.Ce monde serieux et réel ,en se croisant à ce que je pense et à ce que je suis forme dans son intersection une hybridité ,un mixage,un mélange .


M:Est-ce qu'il y a un domaine ou tu peut affirmer que tu es pointu, dans le sens ou tes connaissances seraient particulièrement développées dans un domaine donné? Si ce n'est pas le cas, est-ce que ça t'ennui d'être amateur, dans le bon sens du terme. Celui qui aime les choses sur lesquelles il travaille mais à qui il échappera toujours une facette de ses objets d'étude ou de ses centres d'intérêt?

G:Aucun ,je ne suis pas un ingenieur en electronique ou en informatique, le projet du simulateur de vol m’est apparu quand je regardais une émission sur l’accelerateur de particules installé depuis peu à genève ,le reporter descendait avec des scientifiques dans cette zone strictement confidentielle située en sous sol,tel un espion à la james bond il commencait à circuler autour de cette grande boucle de tuyaux metalliques en vélo comme un enfant dans un parc d’attraction. C’est dans ce tunnel d’acier circulaire qu’allait avoir lieu l’une des experiences les plus hallucinantes jamais réalisée,on voulait revenir à l’origine de la matière en accelerant ses composants,j’y comprenais pas grand-chose mais j’ai cru comprendre que l’un de leurs tubes avait exploser lors d’un essai anterieur et que ca leur avait couter du temps et de l’argent.En fait j’ai eu l’impression que tous ces scientifiques ne maitrisaient pas totalement l’experience et ses répercussions,peut etre que l’émission était placée sous le signe de l’humour mais en tout cas j’y ai cru . Ce monstre de technologie pouvait meme créer des trous noirs ,exploser,en gros créer un bazar monstrueux digne d’un film de science fiction rocambolesque comme la mouche de  David Cronenberg par exemple,le mec croit pouvoir se teleporter mais manque de bol il y a une mouche dans sa cabine et à l’arrivée dans une autre cabine il a fusionner avec la mouche et mute en creature degoulinante et puante.Ce que je comprenais de cette immence machine souterraine c’était son apparence ,je ne comprenais rien d’autre que sa façade ,le coté technologique m’est apparu camouflé. Le soir meme je commencais à faire des recherches sur internet,j’ai fait des recherches sur youtube sur des éléments qui vont tres vite dans une sphere et je suis tombé sur ces cages en globe dans lesquelles des motards en motocross bombardent et jouent avec la gravité,en accelerant il colle la surface interne de la sphere et peuvent faire des boucles entieres,ils sont à l’envers à l’endroit ,a gauche à droite,je me suis dis qu’ils devaient prendre des anti vomitifs avant de rentrer dans ces spheres de l’enfer mais que c’était impressionnant,ils sont parfois cinq à l’interieur,tout le show est précalculé et une seule erreur peut etre fatale ! La sphere est souvent présentée dans des cirques, des foires d’attraction..elle fume ,elle gronde,les moteurs rugissent,les eclairages sont très vifs,ça c’est de la mecanique,c’est puissant.Et puis ça m’a fait penser aux simulateurs dans les films d’espionnage,à ce mauvais james bond qui se déroule dans l’espace,et à cette scene ou notre personnage principal monte dans un simulateur de vol type aerospatial,plus precisemment dans une cabine reliée à un bras en rotation et là le méchant installé aux commandes accelere la pression,les G s’empilent un par un,pire que dans un avion de chasse,notre héro résiste ,ses joues sont deformées  par la vitesse,il devrait claquer mais il resort de là la tete haute,un peu nauséeux,personne ne peut l’avoir et il le fait savoir à ceux qui veulent le trahir et le trainer dans la boue.J’ai regarder les simulateurs de vol de la nasa ,la plupart du temps ils sont installés dans des sortes de laboratoires hightech et gise solidement sur le sol . Ils sont censés entrainer de futurs equipages,conducteurs ou techniciens de projets aerospatiaux sur navette,ils sont obligatoires et leur role est  d’assurer le non  accident  aux hommes et femmes qui monteront dans ces machines et par la suite dans l’espace.Je voulais rester sur une idée de sphere dans laquelle quelquechose serait en rotation,l’idée de flux continue et régulier me plaisait.Ma sculpture m’apparaissait au fur et à mesure que je visionnais ces documents.  En fait c’est un peu un décor de cinéma ou meme de theatre ,j’ai toujours eu envie de realiser un décor de fou ,un peu comme dans Aliens de James Cameron ,une sorte de vaisseau immense remplie de creatures,de laboratoires ,d’electroniques et de portes blindées. . .Je pense à tous ces films ou les décors sont des projets ou des dizaines de decorateurs vont suer tous les jours pour qu’il soit le plus vrai et réaliste possible,de 2001 l’odyssé de l’espace,des goonies,terminator,des décors de Fernand Léger dans l’Inhumaine,les décors du cinéma de Melies ,Abysses,les films de Michel Gondry,Mac Gyver,le petit magicien ,Assurance tous risques ,les machines hallucinantes du scientifique de monsieur Bond et à Panamarenko.C’est du bricolage,c’est du boulot comme sur les chantiers,ça se fait en equipe ,c’est physique  et quand c’est fini ça dechire !Ces décors sont censés faire croire qu’on est ailleurs,nous transporter..Mon simulateur est une arnaque,il n’y a aucune technologie à l’interieure à part un lecteur de cd ,des enceintes et de la poudre à fumée,c’est tout sauf informatique,high tech ,ce n’est qu’une carcasse,une carosserie sans moteur ni fauteuils. ,,je ne m’inspire pas de l’aerodynamisme,un peu comme un inventeur,comme un enfant qui joue aux légos,je me fiche des technologies de pointe et des microprocesseurs,ma sculpture a été fabriquée,les finitions sont maladroites,elle est parfois bancale,on la pousse elle tombe,elle se casse ,je ne maitrise pas la technologie mais j’aime l’application naive et l’inventivité joyeuse des bricoleurs,je crois aux  reves et je le construis du mieux possible avec mon corps et mes membres.Je veux conquerir l’espace avec un bac litteraire et des difficultés en mathématiques digne d’un etudiant de cm2.Un peu comme l’homme de la lune qui construit une armature en bois ,qui la relie à des oiseaux et qui vole.L’humour tient une place importante dans ce projet,c’est le simulateur high tech de cergy pontoise et je suis l’ingenieur en carton du val d’oise . j’aime beaucoup ces artistes comme panamarenko,panomarev ,thomas demand

M:Tu ne semble pas lier ton travail avec des problématiques sociales ou politiques, mais on sent que tu remets en question un certain nombre de "tendances" et que tu affirmes ton attachement à des valeurs ne sont pas celles d'un monde globalisé et du système économique dans lequel on évolue. 
G:Dans mon travail je parle beaucoup de controle

M:Les objets que tu aimes sont robustes, ils prennent beaucoup de place, ils sont technologiquement obsolètes. 
 J'ai toujours adorer les chateaux forts
Est ce que tu es d'accord avec ce que je vois dans ton travail?
Oui,je suis daccord

M:Comment est ce que tu pourrait décrire la manière dont tu as de te tenir informé de ce qui se passe dans le monde?
G:je fais un peu comme tout le monde,je lis des jounaux,je surfe sur internet,je sais que ces informations ne sont pas forcement veritables mais je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour ne pas me faire lobotomiser,maintenant je n’ai pas envie de rester dans le virtuel ,je prefere barrouder,voir les choses avec mes yeux et pas ceux des autres,d’où mes experiences urbaines ,mes petits boulots, mes road trip en europe,mes futurs voyages en tricycle ou en moto,je suis un futur explorateur
M:Est ce que tu adopte une position passive ou active dans la réception de l'information?
 G: Il y a le monde réel,sa culture,ses civilisations,ses informations,ses connaissances et ses images. Ces dernieres je les invite dans mon moulin,une sorte de chambre de transformation ,je me les attribue,je les transforme ,je les fais miennes. Ces captures pleines d'informations passent sur mon tapis roulant,je les attrape,je les retape et les pose dans un coin de ma chambre hybride.Ces créations vont former ma production,c'est ma farine.Je suis autonome et je transforme les choses comme un enfant libre et idiot.Tout cela est serieux et demande énormément de temps.Le monde réel ,j'en ai fait mon blé ,c'est ma source et tout ce qui le compose m'interesse .C'est un monde de certitudes qui m'inspire dans tous ses détails .Ce que je réalise n'est pas censuré,n'est pas normal,c'est enfantin, monstrueux et absurde.Dailleurs je pense que les jeux pour enfants c'est la chose la plus serieuse au monde.Tout m'inspire et il ne faut pas que mon "moulin-transformateur rouille".




M:Quel type de média aime tu utiliser?
G:la peinture,le dessin,la voix ,le volume,la vidéo..


M:Est ce que tu as un projet en cours? tu peux en dire quelques mots?  
G:En fait je me suis fais controler une multitude de fois ces dernieres semaines, dans la rue par la police,flasher avec mon frere sur le peripherique,controler à Auchan, et j’ai ce souvenir traumatisant que je m’etais à moitié déshabillé pour prendre l’avion à un sas de contrôle,je prends les transports en commun depuis un an et demi sans carte imaginaire et j’ai l’habitude de  visualiser tel un scanner les cameras et système de surveillance,la question c’est ou est le bureau de contrôle avec ces mecs qui regardent tous ces ecrans ,ces murs d’ecrans à la nam jun paik,alors j’ai décider de réaliser en volume avec du bois un sas de contrôle immense gris clair avec des bandes jaunes et noires,un radar pour humain,entre le radar autoroutier et l’appareil médical pour les radios,à l’interieur de ce sas ,des flashs surpuissants et des optiques telescopiques,la personne rentre,elle entend des sons informatiques,des bruits mecaniques ,et là ça flash,la personne resort comme une merguez qui a passé 3 heures sur un barbecue ;