- Pourquoi choisir la photo comme médium?
Je pense que la photo, tout comme la peinture, n'offre qu'une représentation de la réalité. Car il y a le regard de quelqu'un derrière l'objectif. Et les choix qu'il fait. Mais là où je choisi la photo plus qu'un autre médium (hormis le fait que je peigne et dessine comme un pied), c'est justement pour son étrange ressemblance avec la réalité. Il y a de vraies personnes, de vrais espaces, de vrais objets. Mais le final est monté de toute pièce par ma personne. J'ai un certain contrôle.
- Si tu veux parler de ta famille pourquoi introduire des personnages étranges dans les images?
En réalité, il ne s'agit pas ici de parler de ma famille. Je parle d'un sentiment. De ne plus se sentir chez soi au sein du "cocon" familial. J'ai décidé d'introduire des personnages étranges - le mot est bien choisis! - tout simplement car je me suis sentie comme une étrangère. Presque un personnage de fiction.
- Mais pourquoi les personnages femmes sont toujours différents, et avec une esthétique différente aussi?
Les personnages de femmes sont toujours différents car, d'abord, ils proviennent de différente influences. Mais le plus important, c'est qu'ils représentent différentes facettes de ma personnalité.
- Qu'apporte l'introduction d'une photo en noir et blanc?
Cette photo, étant la seule en noir et blanc, apporte une certaine distance par rapport aux autres tirages en couleur. C'est ce que je souhaitais: de la distance. Car cette photo évoque mon jardin secret. Le N&B me sert un peu de barrière. Néanmoins, même si c'est mon intimité que j'évoque, je pensais qu'il était important de la faire dialoguer avec le reste de la série.
- Mais dans le photo on ne voit presque pas l'espace car la photo est un premier plan, on voit ton visage, une petite partie de ton corps et on distingue une salle de bain à peine?
Je voulais créer une opposition: les autres photos sont beaucoup plus riches en détails sur l'espace, car ce sont, dans la façon dont je voulais les présenter, des pièces où je ne trouve plus ma place. Comme dit précédemment, l'absence de détails, le fait que je ne sois pas habillée, sont des moyens de protéger cet espace intime.
- Pourquoi parler de ta famille reste important pour le spectateur?
C'est un gros problème que je rencontre quant aux propos que je tiens par rapport à cette série: le fait est qu'en réalité, si on ne sait pas qu'il s'agit de ma famille, on ne comprend peut-être pas bien le message que j'ai voulu faire passer. Et ce message est essentiel.
- Afin que tes intentions marchent, tu penses t'appuyer sur un texte ou d'autres médias?
Non, je ne crois pas. Néanmoins, je travaille sur une video qui serait une sorte d'accompagnement à l'autoportrait.
- Quelle est ton rapport avec la fiction? (mise en scène ou photo amateur)
Mon travail tourne beaucoup autours de l'auto-fiction: j'évoque mon histoire, mais de façon romancée. Il m'est impossible de livrer les images de ma mémoire telles quelles, brutes: elles seraient sans doute trop crues. La fiction me permet de jouer avec des symboles pour faire passer mon propos, bien que je ne les contrôle pas tous. C'est aussi une part de mes références et de mon univers que j'utilise à travers ce système, ce qui est, à mon sens, très important.
- C'est un travail autobiographique? c'est importante de te reconnaitre comme artiste?
Oui, ce travail, comme les choses que j'ai pu faire par le passé, son complètement autobiographique. Peut-être que les gens y verront là un certain narcissisme, même si ça n'est absolument pas le cas.
Mais qu'entends-tu par l'importance de me reconnaitre comme artiste? Je ne comprend pas bien
- Cet série a-t-elle un nom qui permet de la reconnaitre comme un travail autobiographique?
Cette série s'intitule "There's no place like home?". Mais je ne crois pas que cela permet de plus l'indentifier comme un travail autobiographique.
- Quel est ton rapport avec le fait de prendre une photo ou de se laisser prendre en photo?
Pour ce qui est de mon travail personnel, même les autoportraits sont réalisés par mes soins. J'ai du mal à laisser quelqu'un s'immiscer dans quelque chose d'aussi intime, sauf si techniquement je n'ai pas le choix. Prendre une photo, c'est figer un instant, de fiction et/ou de réalité, et en garder une trace. Ces traces, je les considère comme des fenêtres ouvertes sur un "autre monde". Un jour, j'ai lu cette phrase dans le livre d'un de mes auteurs préférés (ndlr: Ryû Murakami): "Quand on regarde un objet en interposant ne serait-ce qu'une lentille ou un simple morceau de verre, tout à fait translucide en apparence, ce n'est déjà plus la réalité que l'on observe. Quelque chose d'autre que l'air s'y intercale et cela devient un mensonge (...)". Cette phrase est devenue une sorte de maxime pour moi, car j'ai à penser que mon travail est entre réalité et fantasme/onirisme/mensonge/etc... Les qualificatifs peuvent être nombreux.
Autrement, par rapport au fait de "se laisser prendre en photo", j'ai déjà servis de modèle dans les projets d'autres personnes, mais il s'agit d'une autre histoire.
- Qu'est-ce que tu penses du fait de parler de ton travail? Est-ce que tu sens que tu apportes à tes travaux ou tu sens que tu répètes avec de mots ce qu'on voit?
Je pense qu'il est important de parler de son travail, surtout quand on évolue dans le genre de registre dans lequel j'évolue. Mais je crois aussi que point trop n'en faut, et qu'il faut aussi laisser un espace de réflexion aux spectateur, pour qu'il puisse s'indentifier, ou y trouver une signification qui lui sera propre. Dans l'idéal, je voudrais que mon discours apporte un plus, ou alors je m'en sers pour défendre mon travail. Mais je pense qu'il ne sert à rien de répéter avec des mots ce que l'on voit si c'est déjà évident sur un travail, en général.
- Est-ce que tu pense que c'est possible de répéter une image à partir des mots? Dire et montrer peut-être le même?
Je pense que c'est possible. C'est sans doute une chose sur laquelle j'aurais dû travailler un peu plus en amont, pour que discours et image s'imbriquent mieux.
-Tes images font partie d'une narration ou on peut les voir séparément?
Comme dis précédemment, mes images font parties d'une narration. Mais il m'est déjà arrivé d'en produire certaines qui fonctionnaient séparément. Mais pas pour cette série.
-Si tu pouvais éventuellement faire un accrochage avec n'importe quel artiste, tu choisirais qui et pourquoi?
Dans mes rêves les plus fous, je préfèrerais plutôt être en relation avec un film, "Lost Highway", de Lynch, parce qu'il joue avec ses frontières entre rêve et réalité que j'affectionne. Il joue à tel point qu'on s'y perd! Et aussi parce que je puise plus facilement mon inspiration dans le cinéma. Autrement, un face à face avec le Caravage ne me déplairait pas, parce que j'apprécie énormément ces jeux avec la lumière. Après, il peut y en avoir tellement, mais ça serait encore une question de goût.
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